Dafalgan Forte
Franchement, je n’ai rien contre les banques. Franchement, les banques, d’aussi loin que je remonte dans mes souvenirs, ça a toujours été des endroits que j’aimais bien. Enfant, avec mes parents, j’aimais ces endroits bien chauffé, à l'atmosphère feutrée, où nous allions le vendredi retirer du liquide et des chèques pour les grosses courses du week end. Les banques, ça ne m’a jamais dérangé, des employés plutôt courtois qui m’envoient des courrier quand ma nouvelle carte Mister-Cash est disponible, l’odeur du tapis plain, un crédit de trente ans pour l’appartement, une assurance vie, une assurance auto... Je sais bien qu’ils se font de l’argent avec tout ça, mais je sais bien aussi que mon appartement, sans les banques, je ne l’aurais jamais eu. Franchement, les banques je n’ai rien contre.
Et puis, il y a toute cette histoire de crise. Je fait comme tous le monde, j’écoute la radio le matin en habillant les gosses avant d’aller à l’école, j’écoute un peu dans la voiture, je lit un journal ou l’autre, sur le temps de midi, des articles de fonds dans lesquelles je comprend confusément que le journaliste est à peine moins dépassé que moi et explique, sur le fond, pourquoi je ne suis pas censé comprendre grand chose et lui non plus.
C’est que toute cette histoire de crise, de faillite, ça ressemble plus à de la sorcellerie qu’a des math. En regardant les expression atterrés des financiers de haut vols que cette catastrophe à fait descendre une fois pour toutes de leur podium, je ne peut m’empêcher de voir ce pauvre Mickey, croyant avoir des pouvoirs magiques, envoûtant les seaux et les ballets qui dans leur ménage frénétique finissent par détruire le château.
Pour un moment, les responsables politiques ont leurs glissés leurs vaines chamaillerie communautaires sous le paillasson, pour plus tard, et prenant un ton responsable nous affirment qu’a présent tout va bien, qu’ils sont vifs, qu’ils sont réactifs, qu’ils sont créatifs, que ce n’est pas de leur faute mais qu’ils ont fait ce qu’ils ont pu, que personne ne sera laissé au bord du chemin.
Je n’ai jamais compris cette expression et dans notre société de bric et de broc je n’ai jamais vu le moindre chemin : des autoroutes, des trous, des fossés, des cul-de-sac, des ronds points, des sens unique. Mais pas de chemins bucoliques, pas d’oiseaux chantant à l’ombre des peupliers. Peu de poésie, en faite. La poésie se capitalise assez mal.
Et puis il y a ces chiffres stratosphérique apparus comme par magie. «C’est techniques» nous disent les ministres. C’est comme les illusionnistes, c’est technique. Un lapin dans un chapeau, c’est technique. Une fille coupée en deux, c’est technique. Onze milliards, c’est techniques. D’autant plus techniques qu’on nous avait toujours dit : pas d’argent pour l’école, pas d’argent pour la culture, pas d’argent pour le sport, pour les handicapés, pour le climat.
Onze milliards pour sauver on ne sait pas vraiment quoi d’on ne sait pas vraiment qui.
C’est technique.
C’est l’économie.
C’est ni de la politique de gauche ni de la politique de droite.
C’est le plus grand cabaret du monde.
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